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À quarante ans, Christopher Froome se retrouve sans équipe pour la première fois depuis qu’il a rejoint le peloton professionnel. Israel-Premier Tech n’a pas reconduit son contrat. Les autres formations WorldTour ne se sont pas manifestées. Le silence du marché des transferts parle plus fort que n’importe quelle déclaration officielle.
Pour le quadruple vainqueur du Tour de France, la fin de carrière n’est plus une hypothèse lointaine — c’est une réalité qui s’impose chaque jour davantage.
Le Giro 2018 comme dernier sommet
Mai 2018. Christopher Froome domine le Tour d’Italie et inscrit son nom au panthéon très restreint des coureurs ayant remporté les trois Grands Tours consécutivement. À trente-trois ans, il semble encore capable de défier les lois du temps. La machine Froome fonctionne toujours avec cette régularité méthodique qui a fait sa légende.
Ce Giro constitue pourtant son dernier triomphe majeur. Quelques semaines plus tard, il termine troisième du Tour de France derrière son coéquipier Geraint Thomas. Une belle performance qui masque déjà les premiers signes de déclin. Dans le peloton, certains commencent à murmurer que Froome n’a plus cette facilité déconcertante dans les ascensions qui terrorisait ses adversaires pendant des années.
Depuis cette troisième place sur les Champs-Élysées en juillet 2018, Froome n’a plus remporté la moindre course importante. Pas une étape de Grand Tour. Pas une classique. Pas même une course d’une semaine. Sept années sans victoire pour un coureur qui en a aligné sept Tours de France dans le top 3.
L’accident qui a tout brisé
Juin 2019. Critérium du Dauphiné. Froome reconnaît le parcours de la quatrième étape à cinquante kilomètres-heure quand une rafale de vent projette sa main vers son frein avant. La chute est violente, brutale, catastrophique. Fémur brisé. Côtes cassées. Coude fracturé. Vertèbre fissurée. Sternum fendu. Le bilan médical ressemble à celui d’un accident de voiture à haute vitesse.
Les médecins qui l’ont pris en charge aux urgences de Saint-Étienne ce jour-là ont confié plus tard qu’ils ne pensaient pas le voir remonter sur un vélo professionnel. Certaines de ses fractures auraient pu être mortelles avec quelques centimètres de différence.
Froome a survécu. Il est remonté sur son vélo. Il a repris la compétition. Mais le coureur qui est revenu n’était plus celui qui avait chuté. Son corps avait encaissé un choc dont il ne s’est jamais vraiment remis malgré des mois de rééducation acharnée.
Les années suivantes l’ont vu progressivement glisser vers l’arrière du peloton. Terminé, le Froome qui accélérait dans les cols en position assise avec cette aisance robotique. Disparu, le grimpeur implacable qui étouffait méthodiquement ses adversaires. À la place, un coureur vieillissant qui peinait à suivre le train dans les montées, qui perdait des minutes dans les étapes alpines, qui ne figurait même plus dans les résultats.
Les blessures qui s’accumulent sans fin
Comme si l’accident de 2019 ne suffisait pas, le corps de Froome a continué à subir les assauts. Août 2025. Nouvel entraînement en France. Nouvelle chute lourde. Nouvelles fractures. Son organisme déjà fragilisé encaisse un nouveau coup dont la récupération devient de plus en plus hypothétique à quarante ans passés.
Le cycle des blessures et des retours manqués :
- Juin 2019 — Accident catastrophique au Dauphiné, six mois d’arrêt complet
- 2020-2021 — Retour progressif mais performances très en deçà du niveau antérieur
- 2022-2023 — Multiples chutes et blessures mineures en course
- Août 2025 — Nouvelle chute grave à l’entraînement, rechute physique majeure
- Décembre 2025 — Fin de contrat avec Israel-Premier Tech, aucune équipe intéressée
Le cyclisme professionnel moderne ne fait pas de cadeaux aux quadragénaires blessés à répétition. Les équipes cherchent des coureurs capables de performer immédiatement, pas des projets de reconstruction hypothétiques avec un champion sur le déclin.
L’affaire du salbutamol désormais oubliée
Entre tout cela, l’année 2017 avait déjà semé le trouble. Un contrôle au Tour d’Espagne révèle un taux anormalement élevé de salbutamol dans les urines de Froome. L’UCI ouvre une procédure. Les médias s’emballent. Les réseaux sociaux le condamnent avant tout procès.
Après des mois d’enquête et de bataille juridique, Froome est blanchi. Aucune suspension. Aucune annulation de résultats. Il peut courir le Giro 2018 qu’il remporte brillamment. Mais la controverse a laissé des traces dans l’opinion publique. Certains n’ont jamais vraiment cru à son innocence. D’autres ont simplement cessé de s’intéresser à lui après cette affaire qui a traîné pendant des mois.
Depuis 2018, aucun nouveau contrôle problématique n’a été signalé. L’affaire du salbutamol appartient désormais au passé. Ce ne sont pas les contrôles antidopage qui ont mis fin à la carrière de Froome — ce sont les routes françaises et le poids des années.
Un palmarès qui restera dans l’histoire
Malgré cette fin difficile, le bilan reste impressionnant. Quatre Tours de France. Un Giro. Deux Vuelta. Sept podiums sur les Grands Tours. Des années de domination totale sur le cyclisme mondial entre 2013 et 2017. Une régularité jamais vue depuis l’ère Armstrong.
Le palmarès complet qui restera :
- 4 victoires au Tour de France (2013, 2015, 2016, 2017)
- 1 victoire au Giro d’Italia (2018)
- 2 victoires au Tour d’Espagne (2011, 2017)
- Membre du club très fermé des vainqueurs des trois Grands Tours
- Plus de 70 jours en maillot jaune au Tour de France
Froome rejoint cette catégorie de champions qui ont marqué leur époque mais qui n’ont pas su ou pu maîtriser leur sortie. Pas de dernière victoire symbolique. Pas de retraite annoncée en grande pompe devant les médias. Pas de tour d’honneur sur les Champs-Élysées.
Le silence du marché qui dit tout
Décembre 2025. Le marché des transferts se clôture progressivement. Les dernières équipes continentales bouclent leurs effectifs. Aucune formation n’a contacté Christopher Froome. Aucune équipe ProTeam ne lui propose même un contrat d’ambassadeur avec quelques courses symboliques.
Le peloton tourne la page. De nouveaux champions émergent. Pogacar, Vingegaard, Evenepoel dominent les Grands Tours avec une facilité qui rappelle celle de Froome il y a dix ans. Le cyclisme professionnel avance sans sentimentalisme, sans nostalgie, sans regard dans le rétroviseur.
À quarante ans, avec un corps marqué par les chutes et sans équipe pour l’accueillir, Christopher Froome fait face à une évidence que beaucoup refusaient d’admettre. Sa carrière au plus haut niveau est terminée. Plus aucune route ne mène vers un retour hypothétique. Seulement des chemins qui s’éloignent progressivement du peloton WorldTour.
L’histoire se souviendra de ses quatre maillots jaunes et de sa domination méthodique sur le Tour. Mais elle se rappellera aussi de cette fin sans éclat, de ce champion qui n’a pas su partir au bon moment, de ce corps qui a lâché avant l’esprit. Christopher Froome, quadruple vainqueur du Tour de France, termine sa carrière comme elle a commencé — dans l’anonymat relatif, loin des projecteurs et de la gloire.
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