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Kilomètre 180, mes jambes tournaient encore à 220 watts. Mon cerveau, lui, hurlait d’arrêter. Pas de crampes, pas de brûlure dans les cuisses. Juste une envie irrépressible de descendre du vélo. Ce jour-là, j’ai compris que les sorties marathon ne se jouent pas là où on croit.
Km 0-80 : Quand l’euphorie masque la bombe à retardement glycémique
Départ 6h15, fraîcheur matinale, sensation de puissance dans les jambes. Je roule conservateur, 65 % de ma FTP, le genre d’allure que tu tiens les yeux fermés. Sauf que j’ai sous-estimé un truc : mes besoins glucidiques. 30 grammes de glucides par heure, c’est ce que j’ingurgite. Les recommandations pour l’endurance longue ? 60 à 90 grammes. Au kilomètre 70, premiers signaux d’alerte. Pas dans les jambes. Dans la tête.
Baisse de concentration brutale. Irritabilité face au moindre vent de face. Mes jambes semblent lourdes alors que mes watts restent stables. Le piège : les stocks de glycogène hépatique s’épuisent avant les musculaires. Ton cerveau carbure au glucose, pas tes cuisses. Quand le foie est vide, ton système nerveux tire la sonnette d’alarme.
Je corrige le tir au kilomètre 90. Passage à 80 grammes de glucides par heure : mix de gels maltodextrine et bananes. Résultat en 20 minutes : récupération cognitive nette. Les 285 kilomètres prévus me semblent à nouveau possibles. 3 200 mètres de dénivelé positif m’attendent, température grimpant de 18 à 28 degrés. Mais au moins, mon cerveau a retrouvé sa capacité à gérer l’effort sur longue distance.
Km 80-160 : La guerre intestinale que personne n’avoue
Kilomètre 95. Crampes abdominales violentes. Un gel trop concentré vient de déclencher l’enfer digestif que tout cycliste redoute mais que personne n’évoque en club. Le dilemme : ralentir et perdre le petit groupe qui me tire, ou forcer et risquer l’abandon total.
Les causes ? Déshydratation relative , j’ai perdu 2 % de mon poids corporel en sueur , couplée à une concentration excessive de glucides et à la chaleur montante. En 40 kilomètres, je dois m’arrêter trois fois, caché derrière des buissons. Pas glorieux. Mais terriblement concret.
La solution immédiate : 500 millilitres d’eau pure d’un coup, ralentissement de 15 minutes. Je passe de 1,2 litre par heure à 800 millilitres, mais mieux répartis dans le temps. Ça fonctionne. Au kilomètre 140, nouveau problème : douleurs périnéales. Ma selle, parfaite sur 4 heures, devient une torture au-delà de 6 heures. Pause de 5 minutes, ajustement de position. Je note mentalement : tester une selle avec cutout plus large avant la prochaine sortie marathon.
Km 160-240 : Quand le mental lâche avant les cuisses
Kilomètre 180, crise psychologique aiguë. Mes jambes ? Fraîches. Ma puissance ? Maintenue à 220 watts. Mon cerveau ? En mode survie. Négociation interne permanente : « Encore 10 kilomètres et j’arrête. » Puis 10 de plus. Puis encore 10.
La révélation : fatigue centrale et fatigue périphérique, ce n’est pas la même chose. Ton système nerveux sature bien avant tes muscles. Facteurs aggravants : monotonie du paysage , plaine céréalière à perte de vue , , isolement total depuis le kilomètre 120, chaleur écrasante à 28 degrés.
Mes stratégies de survie : fractionner mentalement en objectifs de 20 kilomètres, lancer un podcast motivant, appeler un ami cycliste. Au kilomètre 215, arrêt ravitaillement obligatoire. Café serré, barre chocolatée, 15 minutes assis. Ça suffit pour repartir. Mes jambes pouvaient faire 100 kilomètres de plus. Ma tête voulait descendre du vélo. C’est ça, le vrai défi de l’endurance longue.
Km 240-285 : Les 3 leçons que je n’oublierai jamais
Arrivée 19h45. 13 heures 45 minutes de selle. Bilan lucide, sans filtre.
Leçon numéro un : la nutrition, c’est une science exacte. 80 grammes de glucides par heure dès le kilomètre 50, non négociable. Leçon deux : l’hydratation préventive. Boire avant d’avoir soif, 600 à 800 millilitres par heure selon la chaleur. Leçon trois : le mental est un muscle qu’on entraîne. Simuler des sorties longues en solo, accepter l’ennui comme partie intégrante de l’effort.
Bonus inattendu : l’inconfort corporel , fesses, mains, nuque , est largement sous-estimé par rapport à la préparation physique pure. Prochain test : selle avec cutout élargi, gants plus rembourrés, étirements de la nuque toutes les deux heures. Bilan calorique final : 4 800 kilocalories brûlées, 6 200 ingérées. Déficit contrôlé pour éviter la fringale terminale.
Préparer ses jambes, c’est 30 % du défi. Les 70 % restants ? Apprendre à gérer ce que personne ne voit. Et ça, aucun entraînement FTP ne te l’apprendra.
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