À lire aussi
J’ai roulé 80 kilomètres samedi dernier sans jamais regarder mon compteur. Écran masqué, moyennes désactivées, segments Strava ignorés. Résultat ? J’ai redécouvert pourquoi j’avais acheté mon premier vélo il y a quinze ans. Pas pour battre des chronos, mais pour respirer dehors.
Pourquoi j’ai décidé de rouler sans objectif de vitesse (et ce que ça dit de notre obsession collective)
Ça faisait huit ans que je consultais mon Garmin toutes les trente secondes. Moyenne en temps réel, écart au segment, fréquence cardiaque, watts si le capteur répondait. Une sortie en mai m’a fait craquer : j’avais gâché deux heures de soleil à stresser sur une moyenne qui refusait de dépasser 28 km/h à cause du vent. Je rentrais frustré alors que j’aurais dû rentrer vivant.
Le vélo était devenu un tableur Excel. J’ai décidé de tester une sortie en mode aveugle. Sans données, sans objectif, sans cette quête permanente de vitesse qui bouffe le plaisir. Juste mes jambes, le bitume et ce qui se passerait.
Les 80 premiers kilomètres sans données : du sevrage à la révélation
Les vingt premiers kilomètres ont été durs. Mon pouce cherchait l’écran par réflexe, ma tête calculait des moyennes fantômes. Sensation bizarre de perte de contrôle, comme si je roulais sans gouvernail.
Puis ça s’est ouvert. Entre le kilomètre 20 et 50, j’ai entendu un merle dans les chênes. Senti l’odeur de foin coupé près de Rambervillers. Vu la lumière du matin découper les crêtes vosgiennes en tranches dorées. Des trucs que je traverse cinquante fois par an sans jamais les voir, trop occupé à chasser un KOM à 320 watts.
Après cinquante bornes, j’étais en flow total. Pédalage instinctif, braquet choisi à l’oreille de ma respiration, arrêts spontanés. Je me suis posé quinze minutes au belvédère du col de la Chipotte , un point de vue que je longe depuis dix ans sans jamais m’arrêter. Quatre cyclistes m’ont rejoint, on a discuté itinéraires. Sur mes parcours pensés pour la contemplation, je ne m’étais jamais autorisé ça.
Ce que j’ai gagné en abandonnant la quête de vitesse (et ce n’est pas que du mental)
Le premier bénéfice, c’est l’anxiété qui s’évapore. Plus de pression, plus de comparaison, plus de « j’aurais dû tenir 30 de moyenne ». Le vélo redevient des vacances, même à trente bornes de chez toi.
Mais il y a eu des surprises physiques. Sans fixer l’écran, j’ai bu naturellement toutes les vingt minutes au lieu d’oublier pendant une heure. Mes épaules étaient détendues, ma nuque souple. J’écoutais mon corps au lieu de lui imposer des watts.
Et socialement, tout change. Quatre arrêts spontanés ce jour-là : photos, café terrasse à Saint-Dié, discussion matos avec un gars en gravel. Avant, je serais passé en danseuse sans même un signe de tête. J’ai roulé douze minutes de plus que mon temps habituel. Je m’en fiche complètement. Les bienfaits mentaux du cyclisme, je les avais oubliés sous les chronos.
Comment tester cette approche (sans culpabiliser ni perdre vos acquis)
Protocole simple. Choisissez un parcours familier mais calme , pas votre boucle d’entraînement habituelle. Masquez l’écran de votre compteur ou laissez-le carrément à la maison. Fixez une durée, pas une distance : deux à trois heures suffisent.
Autorisez-vous tous les arrêts spontanés. Point de vue, boulangerie, discussion. Pédalez à l’oreille de votre respiration. Si vous soufflez fort, ralentissez. Si vous êtes fluide, poussez. C’est tout.
Pour les accros de la perfo : ce n’est pas abandonner l’entraînement, c’est ajouter une dimension. Une sortie sur quatre en mode contemplatif, ça n’effacera pas votre FTP. Privilégiez un gravel ou une randonneuse plutôt que votre machine carbone. Le confort aide à lâcher prise.
Et testez en solo pour vous reconnecter vraiment. Pas de groupe, pas de suiveur de roue, juste vous.
Samedi prochain, je repars sans compteur. Direction les lacs des Vosges, avec zéro idée de l’heure d’arrivée. Et cette fois, je prendrai mes jumelles pour observer les cerfs au lever du jour. Le chrono attendra.
- 80 km sans compteur : comment j’ai redécouvert pourquoi je roule - 11 juin 2026
- Crème solaire : l’erreur de timing qui grille 80 % des cyclistes dès les premières longues sorties - 11 juin 2026
- Cols dès mars à 55 ans : pourquoi vos genoux paient la facture (et les itinéraires qui les épargnent) - 10 juin 2026




Publications similaires