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Imaginez la scène : vous circulez à vélo, votre roue se coince dans un rail de tram, vous vous écrasez violemment sur le bitume. Plusieurs fractures. Des semaines d’arrêt. Et quand vous relevez la tête, on vous tend une amende de 810 francs suisses pour « perte de maîtrise » de votre vélo.
Bienvenue dans l’absurdité administrative. Cette histoire s’est réellement passée à Genève. Et elle révèle un problème beaucoup plus profond que vous ne l’imaginez.
L’infrastructure te casse, l’État te punit
La cycliste roulait sur une route partagée avec des rails de tram. Un aménagement urbain classique en Suisse. Sa roue avant s’est coincée dans le rail — un piège connu de tous les cyclistes qui osent traverser des voies ferrées à angle trop fermé.
La chute a été violente. Plusieurs fractures. Des blessures importantes. Des semaines de convalescence. Le vélo détruit.
Et quelques jours plus tard, l’amende tombe : 810 francs suisses. Motif ? « Perte de maîtrise du véhicule ». Selon les autorités genevoises, c’est sa faute. Elle aurait dû mieux contrôler son vélo.
La logique est implacable : l’infrastructure te piège, mais c’est toi le coupable.
Quand la loi protège le bitume, pas les cyclistes
Selon le code de la route suisse, tout conducteur — y compris les cyclistes — doit rester « maître de son véhicule » en toutes circonstances. Cette formulation floue permet de sanctionner presque n’importe quelle chute, même quand l’infrastructure est clairement dangereuse.
Les conséquences absurdes :
- Tu te blesses gravement à cause d’un défaut d’aménagement ? Amende.
- Tu n’as mis personne d’autre en danger ? Amende quand même.
- L’infrastructure est reconnue comme dangereuse ? Pas notre problème, amende.
- Tu es la seule victime de l’accident ? Double peine : blessures + sanction.
La cycliste n’a heurté personne. Elle n’a mis personne en danger. Elle est la seule victime de cet accident. Mais elle paie quand même.
Pro Vélo Genève dénonce l’indécence
Les associations de cyclistes sont montées au créneau. Pro Vélo Genève qualifie cette amende d' »absurde » et d' »indécente ». Leur argument est simple : comment peut-on sanctionner quelqu’un qui vient de se briser les os sur une infrastructure municipale défaillante ?
Les rails de tram sont un danger connu et documenté pour les cyclistes. Les roues fines se coincent facilement dans les rainures, surtout quand l’angle de croisement n’est pas optimal. Partout en Europe, les villes avec tramways connaissent ce problème récurrent.
Certaines villes ont trouvé des solutions : dalles antidérapantes, signalisation renforcée, bandes cyclables qui évitent les croisements dangereux. Mais beaucoup d’autres se contentent de faire payer les victimes de leurs mauvais aménagements.
Une jurisprudence qui commence à évoluer (trop lentement)
Heureusement, la justice suisse commence à reconnaître l’absurdité de ces sanctions automatiques. Dans plusieurs cas similaires récents, les tribunaux ont annulé les amendes en reconnaissant que :
- Les rails de tram constituent un danger objectif pour les cyclistes
- Même avec un contrôle correct du vélo, une chute peut survenir
- La responsabilité ne peut pas être automatiquement attribuée au cycliste
Mais cette évolution est lente. Trop lente. Entre-temps, des dizaines de cyclistes blessés continuent de recevoir des amendes salées pour avoir eu le malheur de rouler sur des infrastructures dangereuses.
Qui doit payer pour les aménagements ratés ?
Cette affaire soulève une question fondamentale : qui est responsable quand l’infrastructure urbaine est dangereuse ? Le cycliste qui la subit ? Ou la ville qui l’a conçue ?
Actuellement, la logique administrative est implacable : c’est toujours la faute de l’usager. Jamais celle de la collectivité. Cette vision déresponsabilise totalement les municipalités et les encourage à ne rien changer.
Pourquoi investir dans des aménagements sûrs si, de toute façon, ce sont les cyclistes qui paient quand ça se passe mal ?
L’absurdité comme système
Cette cycliste genevoise n’est pas un cas isolé. Partout en Europe, des cyclistes blessés reçoivent des amendes pour avoir chuté sur des infrastructures inadaptées. C’est devenu un système : l’infrastructure te blesse, l’administration te punit, et personne ne change rien.
Le message envoyé est clair : si tu veux faire du vélo en ville, assume les risques. Et si ça tourne mal, c’est ton problème. Pas le nôtre.
810 francs suisses, plusieurs fractures, et zéro remise en question de l’aménagement responsable. Bienvenue dans l’absurdie administrative où la victime paie toujours deux fois.
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Une histoire Belge en Suisse… 😅
Bonjour,
Cet été j’ai fait une chute dans la descente du col des Mosses juste au dessus du centre mondial du cyclisme à cause d’une voiture arrivant en sens inverse qui doublait un tracteur alors que j’arrivais en face et qu’il n’y avait pas la place de passer. Grâce à 50 ans de pratique du vélo en compétition j’ai pu l’éviter à la dernière minute mais comme il n’y avait pas la place pour passer j’ai touché son retro et j’ai fait un vol plané sur le bas côté. Total un traumatisme crânien et une fracture de la clavicule. Je m’en sors bien.sauf que je viens de recevoir consécutivement un jugement m’indiquant que j’avais perdu le contrôle de mon vélo mais compte tenu que j’avais été blessé j’évitais l’amende. Le deuxième courrier c’est une facture de 200€ de la police cantonale pour « frais ». Il y a eu délit de fuite du conducteur de la voiture mais des suites de l’enquête et de son résultat il n’en est pas question dans les courriers. No comment ! Mais cela est une autre illustration concrète de votre article