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Le Monte Zoncolan, surnommé « l’enfer des Dolomites », s’est imposé comme l’une des ascensions les plus redoutables du cyclisme professionnel. Avec ses pentes vertigineuses atteignant 22% et une moyenne de 11,9% sur 10 km, cette montée a écrit certaines des pages les plus épiques du cyclisme moderne depuis son introduction au Giro d’Italia en 2003. Découvert tardivement en 1998, le Zoncolan est rapidement devenu un juge de paix impitoyable, capable de faire basculer un classement général et de marquer à jamais la carrière des plus grands champions.
La naissance d’un mythe
L’histoire du Monte Zoncolan dans le cyclisme professionnel commence véritablement en 1998, lorsque Francesco Guidolin, entraîneur de football et cyclotouriste amateur passionné, découvre ce col des Préalpes carniques. Impressionné par sa difficulté, il en parle aux organisateurs du Giro d’Italia, qui y voient l’opportunité de créer un nouveau défi à la hauteur de l’Angliru, le terrible col espagnol introduit dans la Vuelta l’année précédente.
C’est ainsi qu’en 2003, le Zoncolan fait sa première apparition dans le Giro. Le 12 mai, lors de la 12e étape reliant San Donà di Piave au sommet du col, les coureurs découvrent pour la première fois les pentes impitoyables de ce qui deviendra rapidement un mythe du cyclisme moderne. Cette première ascension se fait par le versant de Sutrio, considéré comme le plus « facile » des trois accès possibles.
Gilberto Simoni, grimpeur hors pair, s’impose ce jour-là, marquant le début d’une histoire d’amour entre le champion italien et le Zoncolan. Mais cette première apparition est également marquée par la dernière grande performance de Marco Pantani, qui termine 5e de l’étape, rappelant que même les plus grands champions peuvent être mis à l’épreuve sur ces pentes démesurées.
L’ascension qui redéfinit les limites
Si la première apparition du Zoncolan avait déjà marqué les esprits, c’est en 2007 que le col entre véritablement dans la légende. Le 30 mai, le Giro emprunte pour la première fois le versant d’Ovaro, le plus difficile des trois accès. Les chiffres donnent le vertige : 10,5 km à 11,9% de moyenne, avec des passages à 22%. C’est un véritable mur que les coureurs doivent affronter.
Gilberto Simoni s’impose à nouveau, établissant un record de l’ascension en 39 minutes et 3 secondes qui tient encore en 2025. Cette performance exceptionnelle témoigne de la difficulté extrême de l’ascension, mais aussi de l’évolution du cyclisme moderne vers des défis toujours plus extrêmes.
L’impact du Zoncolan sur le cyclisme est immédiat et profond. Les équipes doivent repenser leur matériel, optant pour des braquets extrêmement petits pour permettre aux coureurs de maintenir une cadence acceptable sur ces pentes infernales. En 2018, lors d’une nouvelle ascension mémorable, on verra des champions comme Chris Froome, George Bennett et Thibaut Pinot utiliser des braquets de 34×32, tandis que d’autres comme Formolo opteront pour un 36×30, illustrant la diversité des approches face à ce défi hors norme.
Les héros du Zoncolan
Au fil des années, le Monte Zoncolan a vu s’écrire quelques-unes des plus belles pages du cyclisme moderne. Chaque ascension est devenue un événement en soi, attirant des foules immenses venues assister au spectacle de champions poussés dans leurs derniers retranchements.
Le 23 mai 2010, lors de la 15e étape du Giro, une foule record estimée à 200 000 spectateurs se masse sur les pentes du Zoncolan. Ivan Basso s’impose ce jour-là, consolidant sa victoire finale dans ce Giro et entrant dans la légende du col. L’image de ces milliers de passionnés encourageant les coureurs sur des pentes si raides qu’ils peuvent presque les toucher restera gravée dans les mémoires.
Mais l’histoire du Zoncolan n’est pas exempte de controverses. Le 21 mai 2011, l’étape est marquée par l’annulation du passage par le Monte Crostis pour des raisons de sécurité, provoquant la colère des supporters locaux. Alberto Contador, considéré comme responsable de cette annulation, est sifflé à l’arrivée malgré sa performance, rappelant que même sur les pentes les plus dures, la passion du public peut parfois dépasser les limites.
Le 19 mai 2018, c’est Chris Froome qui marque l’histoire du Zoncolan. Le champion britannique réalise une performance mémorable en s’imposant au sommet, prélude à sa remontée spectaculaire et sa victoire finale dans ce Giro. Cette victoire, acquise dans des conditions extrêmes, restera comme l’un des moments forts de sa carrière, illustrant parfaitement comment le Zoncolan peut devenir le théâtre de véritables exploits sportifs.
L’héritage d’une montagne légendaire
En à peine deux décennies, le Monte Zoncolan s’est imposé comme l’une des ascensions les plus emblématiques du cyclisme mondial. Son impact sur le sport va bien au-delà des seules étapes du Giro d’Italia qui l’ont emprunté. Il a redéfini ce qu’on considérait comme « grimpable » dans une course professionnelle, poussant les limites de ce que les coureurs, mais aussi les vélos, pouvaient endurer.
L’introduction du Zoncolan a influencé la conception des parcours, non seulement du Giro, mais aussi des autres grands tours. On a vu apparaître une tendance à inclure des montées toujours plus difficiles, cherchant à reproduire le spectacle et le défi offerts par le « Kaiser » des Dolomites. Cette évolution a également eu un impact sur la préparation des coureurs et la stratégie des équipes, obligeant à une adaptation constante face à ces nouveaux défis.
Pour les amateurs, le Zoncolan est devenu un véritable pèlerinage cycliste. Gravir ses pentes est considéré comme un exploit en soi, une sorte de rite de passage pour tout passionné de cyclisme. Cette popularité a eu des retombées économiques importantes pour la région, transformant un col alpin peu connu en une destination touristique prisée des cyclistes du monde entier.
L’héritage du Zoncolan se mesure aussi à son impact sur le matériel cycliste. Les exigences extrêmes de son ascension ont poussé les fabricants à innover, développant des vélos plus légers, des transmissions offrant des rapports toujours plus courts, et des pneus capables d’adhérer sur les pentes les plus raides. Ces avancées techniques, initialement conçues pour affronter le Zoncolan, ont ensuite bénéficié à l’ensemble des cyclistes, professionnels comme amateurs.
Aujourd’hui, le Monte Zoncolan reste un monument du cyclisme moderne, un défi ultime qui continue de fasciner et d’inspirer. Il incarne à lui seul l’évolution d’un sport en constante quête de dépassement, où la limite entre l’possible et l’impossible est sans cesse repoussée. Chaque nouvelle ascension du Zoncolan est attendue avec impatience, promettant d’écrire un nouveau chapitre dans la riche histoire de ce col légendaire.
Le Zoncolan a ainsi rejoint le panthéon des cols mythiques du cyclisme, aux côtés de géants comme le Galibier ou l’Alpe d’Huez. Il rappelle que même dans un sport aussi ancien et riche en histoire que le cyclisme, il est toujours possible de créer de nouvelles légendes. Les exploits réalisés sur ses pentes ont leur place parmi les Grands Champions de l’Histoire, témoignant de l’évolution constante d’un sport où les limites sont faites pour être repoussées.
En définitive, le Monte Zoncolan est bien plus qu’une simple montée difficile. Il est devenu un symbole de l’esprit même du cyclisme : le dépassement de soi face à des obstacles qui semblent insurmontables. Chaque coureur qui en atteint le sommet, qu’il soit professionnel ou amateur, remporte une victoire personnelle qui résonne avec l’essence même de ce sport. Le Zoncolan continue ainsi d’écrire sa légende, promettant encore de nombreuses pages épiques dans les années à venir.
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