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Un VAE de 2 000 euros ramené à 19 euros par mois pour le salarié, c’est le scénario le plus avantageux du vélo de fonction en 2026. Mais entre redevance, conversion de salaire et Forfait Mobilités Durables, le calcul mérite qu’on le pose à plat.
Le vélo de fonction, c’est quoi exactement ?
L’employeur met à disposition un vélo utilitaire, le plus souvent électrique, via un contrat de leasing étalé sur 36 mois. Le package inclut tout ce qui fait souvent reculer à l’achat : aide au choix, accessoires, formation sécurité, entretien, assurance vol et casse, assistance. En fin de contrat, une option de rachat tourne généralement autour de 15 % de la valeur initiale.
L’intérêt principal pour le salarié est simple : c’est l’employeur qui porte le risque financier. Acheter seul un VAE utilitaire correct, c’est dépasser 2 000 euros, assurance et entretien en sus. Ici, on lisse tout sur trois ans.
Du côté des entreprises, la démarche s’inscrit dans la RSE, mais pas seulement. D’après les chiffres de la filière France Vélo, l’activité physique quotidienne est associée à une baisse de l’absentéisme d’environ 15 % et à une hausse de productivité pouvant atteindre 9 %. Autant d’arguments qui parlent autant à un DRH qu’à un directeur financier.
Deux modèles, deux réalités très différentes
En France, deux approches coexistent. La première, dite « redevance », consiste à ce que l’entreprise loue le vélo et facture une participation au salarié. Elle reste marginale, coûteuse pour l’employeur, et concerne moins de 1 % des salariés. Pas de quoi changer les habitudes de mobilité à grande échelle.
La seconde, la conversion de salaire, est plus puissante : le salarié cède une partie de son salaire brut en échange de la mise à disposition du vélo. Avantage fiscal majeur : cette mise à disposition est déjà exonérée de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu. Le mécanisme est légalement possible, mais il manque encore une validation officielle claire de l’État pour que les services RH l’adoptent avec la même confiance que la voiture de fonction. La filière France Vélo pousse activement pour que le gouvernement officialise ce cumul, autorise l’empilement avec le Forfait Mobilités Durables, prolonge la réduction d’impôt sur les sociétés jusqu’à fin 2030, et publie enfin une communication centralisée lisible.
Le vrai tableau des coûts, scénario par scénario
Pour un VAE à 2 000 euros en contrat 36 mois, voici ce que chaque modèle donne concrètement, employé comme employeur :
Achat personnel
Le salarié débourse entre 57 et 65 euros nets par mois en intégrant prix d’achat, assurance et entretien. L’employeur ne dépense rien, mais ne gagne rien non plus sur la mobilité de ses équipes.
Vélo de fonction via redevance
Le salarié paie entre 0 et 20 euros nets par mois selon la politique de l’entreprise. L’employeur supporte environ 58,30 euros bruts par mois sans compensation directe sur la masse salariale.
Vélo de fonction via conversion de salaire (salarié non imposable)
Le coût pour le salarié descend à environ 45,50 euros nets par mois. L’employeur assume les mêmes 58,30 euros bruts, mais la baisse du salaire brut vient partiellement compenser la charge.
Vélo de fonction via conversion de salaire (tranche à 11 %)
Avec une tranche marginale d’imposition à 11 %, le salarié ne paie plus que 39,10 euros nets par mois. Le mécanisme de compensation fonctionne mieux, l’économie fiscale commence à être sensible.
Vélo de fonction via conversion de salaire (tranche à 30 %)
Avec une TMI à 30 %, le coût mensuel pour le salarié tombe à 28 euros nets. Plus on est imposé, plus la conversion de salaire est avantageuse, puisqu’on échappe à l’impôt sur la part convertie.
Conversion de salaire + Forfait Mobilités Durables (20 €/mois)
C’est le scénario le plus favorable. Un salarié à TMI 11 % qui bénéficie en plus d’un FMD de 20 euros mensuels de son employeur ne débourse plus que 19,10 euros nets par mois pour rouler en VAE. L’employeur monte à 78,30 euros bruts par mois en ajoutant le FMD, mais il optimise sa politique mobilité et bénéficie des exonérations liées au dispositif.
Ce qui freine encore le décollage
Le dispositif existe, les chiffres sont bons, mais le cadre RH et fiscal reste flou en France. Sans texte officiel consolidant la conversion de salaire, sans communication gouvernementale claire, les services RH hésitent. La filière demande quatre choses précises : une sécurisation juridique de la conversion, le cumul autorisé avec le FMD, la prolongation de la réduction d’IS jusqu’en 2030, et un document de référence accessible à toutes les entreprises. Tant que ces jalons ne sont pas posés, le vélo de fonction restera un avantage réservé aux boîtes qui ont les moyens de se payer un bon conseil juridique.




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