2 milliards pour le vélo : pourquoi les collectivités payent 6 fois plus que l’État

Le Plan Vélo national 2030 affiche 2 milliards d’euros d’engagement étatique sur 2023-2027. Chiffre inédit, communication martiale. Pourtant, une réalité émerge des bilans officiels : les collectivités locales injectent des sommes très supérieures sur la même période. L’écart ne se limite pas aux euros. Il révèle une dépendance structurelle où l’ambition nationale repose sur les épaules des maires et des présidents de région.

640 millions d’euros d’aides engagées : le Fonds Mobilités Actives en détail

Le Fonds Mobilités Actives constitue le bras armé financier de l’État. Jusqu’en 2023, 640 millions d’euros ont été débloqués, dont 94% captés par les infrastructures cyclables. Ce fonds est reconduit à 250 millions d’euros annuels, totalisant 1,25 milliard sur le quinquennat pour les aménagements. Entre 2019 et 2024, l’État a injecté plus d’un milliard d’euros, catalysant 1 130 projets.

Le calcul est rapide. L’État met 2 milliards sur la table. L’Institut de l’économie pour le climat confirme le déséquilibre. Le Fonds Vert, créé en 2023, vient théoriquement compléter l’effort. Mais la répartition du fardeau parle d’elle-même : l’État fixe le cap, les collectivités paient l’essentiel.

63 690 km d’aménagements : la distance qui reste à parcourir

Fin 2022, la France comptait 57 000 km d’aménagements cyclables sécurisés. En 2024, le chiffre atteint 63 690 km. Progression réelle. Mais l’objectif de 80 000 km en 2027 et 100 000 km en 2030 exige 3 600 à 6 000 km par an. Soit une accélération de 67% par rapport au rythme actuel.

La Cour des Comptes ne mâche pas ses mots. Dans son bilan de la Loi d’Orientation des Mobilités, elle juge l’objectif 2030 « hors de portée » dans le contexte budgétaire actuel. Seulement 21% des lignes sécurisées prévues sont construites dans certains plans locaux. Le projet de Brest, emblématique, glisse au-delà de 2030.

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Le gel des crédits du Fonds Mobilités Actives en 2024, sans nouvel appel à projets depuis, alimente l’inquiétude du Réseau Vélo et Marche. Pour les stationnements, l’objectif de 90 000 places dans les gares et pôles d’échange d’ici 2027 bute sur 37 000 places réalisées fin 2023. Moins de la moitié.

4% de part modale : la pratique progresse, le rythme ralentit

Les actifs se rendant au travail à vélo représentent 4% en 2023, contre 2,4% en 2019. La pratique cyclable continue de croître, avec une hausse cumulée de 47% depuis 2019. Chiffres encourageants. Mais le rythme de croissance s’est effondré depuis 2023. L’objectif de 12% de part modale en 2030 exige une croissance annuelle moyenne de 13%. Illusoire.

Les ventes de vélos affichent 17 millions d’unités depuis 2017, dont 2,9 millions de VAE. Le marché est là. Les cyclistes aussi. Ce qui manque, c’est la continuité des infrastructures promise.

Les aides à l’achat sont-elles maintenues jusqu’en 2027 ?

Oui. Le bonus écologique atteint 400€ sous conditions de ressources. La prime à la conversion grimpe à 3 000€ pour un VAE contre la mise au rebut d’un véhicule polluant. Les deux dispositifs, élargis en 2022 aux vélos d’occasion vendus par des professionnels, sont prolongés jusqu’en 2027. Le Forfait Mobilités Durables plafonne à 800€ par an dans le privé. Le programme « Savoir rouler à vélo » vise une montée en puissance de la formation des enfants à partir de 2027.

Pourquoi les collectivités financent-elles si largement ?

Parce que l’État conditionne ses aides. Le Fonds Mobilités Actives fonctionne à l’appel à projets, avec cofinancement obligatoire des collectivités. Les régions, départements et communes doivent compléter pour débloquer l’enveloppe étatique. Résultat : l’effort total est considérable, mais l’initiative locale en porte l’essentiel. Le mécanisme amplifie les inégalités territoriales. Les collectivités riches avancent, les autres stagnent.

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La France a pris le virage vélo. Les 2 milliards étatiques existent, ils sont réels. Mais le rythme des aménagements, le gel des crédits 2024 et la dépendance aux collectivités dessinent un cap 2030 de plus en plus incertain. La promesse des 100 000 km tient aux maires, pas qu’à Matignon.

Alex
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