Bédoin, Malaucène, Sault : Quelle route choisir pour vaincre le Ventoux ?

Le vent siffle dans vos oreilles, la sueur perle sur votre front, et vos jambes hurlent de douleur. Vous levez les yeux et découvrez, implacable, la silhouette chauve du Mont Ventoux qui se dresse devant vous. Ce géant de Provence, véritable Everest des cyclistes, est bien plus qu’une simple montagne.

C’est un défi, une légende, un monstre qui a forgé l’histoire du Tour de France et brisé les rêves de gloire de nombreux champions.

Alors, prêt à affronter ces 21,5 km à 7,22% de moyenne qui vous mèneront au sommet ? Attachez bien votre casque, serrez les dents, et plongeons ensemble dans l’ascension du Géant de Provence !

Le Mont Ventoux : anatomie d’un mythe sur deux roues

Avant de s’attaquer à la bête, il faut la connaître. Le Mont Ventoux, c’est bien plus qu’une simple bosse sur la carte. Comme le dit si bien P. Fournel :

« Le Mont Ventoux : Posé sur sa plaine. Il ne commande aucune vallée, il ne fait passer nulle part. Il ne sert à rien qu’à être grimpé »

Et c’est précisément ce qui en fait la quintessence du défi cycliste. Avec ses 1910 mètres d’altitude, il domine la Provence de toute sa majesté chauve, offrant un panorama à couper le souffle… si tant est qu’il vous en reste après l’ascension !

Les trois visages du monstre : Bédoin, Malaucène et Sault

Le Ventoux, c’est comme un bon grimpeur : il a plusieurs cordes à son arc. Trois routes principales mènent au sommet, chacune avec son lot de défis :

  • Bédoin : La classique, 21,5 km à 7,22% de moyenne. Un mur !
  • Malaucène : 21,2 km à 7,2%. Presque aussi corsée que Bédoin.
  • Sault : 26 km à 4,5%. Plus longue mais plus douce, parfaite pour les débutants en vélo de course.

Bédoin : dans l’antre du dragon

Concentrons-nous sur la voie royale : Bédoin. C’est par là que les pros du Tour affrontent généralement le Géant. Nicolas Guillé, directeur sportif de l’équipe AG2R Citroën, résume parfaitement le défi :

« En général dans les cols, on a beaucoup de virages, des moments où l’on peut se refaire un peu la cerise. Le Ventoux est une montée sèche, un col dans lequel on ne peut pas vraiment récupérer »

Autrement dit, préparez-vous à souffrir sans répit pendant près de deux heures pour les meilleurs amateurs !

Le Chalet Reynard : la mi-temps du calvaire

Après 15,5 km d’ascension, vous arrivez au Chalet Reynard. C’est ici que le paysage change radicalement. Les arbres disparaissent, laissant place à un décor lunaire. Le vent se déchaîne, transformant votre vélo en cerf-volant. C’est le moment de se rappeler les mots de Laurent Fignon :

« Monter au dessus de 2700 mètres dans ces circonstances avait de quoi me redonner des raisons d’apprécier, pendant quelques longues minutes d’évasion mentale, tout ce que j’avais désormais vécu sur un vélo. Un fractionné poétique. Un fragment de moi-même. Respiré et assumé. À ma cadence. »

Inspirez-vous de cette philosophie pour les 6 derniers kilomètres !

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Le sommet : entre triomphe et désolation

Arriver au sommet du Ventoux, c’est comme gagner une étape du Tour : un mélange de joie intense et d’épuisement total. Le panorama à 360° sur la Provence est à couper le souffle (s’il vous en reste). Mais n’oubliez pas de vous arrêter au monument de Tom Simpson, ce coureur britannique décédé sur les pentes du Géant en 1967. Un rappel poignant que le cyclisme, c’est aussi savoir connaître ses limites.

Les records du Ventoux : quand les pros défient la montagne

Si vous pensiez que votre ascension en 2h30 était impressionnante, accrochez-vous bien à votre guidon ! Le record officiel est détenu par Iban Mayo, qui a avalé les 21,5 km en seulement 55 minutes et 51 secondes lors d’un contre-la-montre en 2004. C’est comme si la montagne s’était soudainement transformée en plaine pour lui ! Même les meilleurs grimpeurs amateurs mettent généralement entre 1h15 et 1h30 pour atteindre le sommet. De quoi relativiser sa propre performance !

Préparez-vous comme un pro : l’entraînement spécial Ventoux

Affronter le Ventoux ne s’improvise pas. C’est un peu comme préparer un marathon, mais avec plus de dénivelé ! Voici quelques conseils pour vous mettre dans les meilleures conditions :

  • Misez sur l’endurance : multipliez les sorties longues avec du dénivelé
  • Travaillez votre force musculaire hors du vélo
  • Simulez l’ascension sur home-trainer avec des applications cyclistes dédiées
  • N’oubliez pas la récupération : aussi importante que l’entraînement !

Le matériel : votre meilleur allié face au Géant

Face au Ventoux, chaque gramme compte. Optez pour un vélo léger et agile, idéalement sous la barre des 7,5 kg. Un bon vélo de randonnée peut faire l’affaire, mais un vélo de course sera plus adapté. Côté braquets, n’ayez pas honte : un compact 50/34 à l’avant et une cassette 11-32 à l’arrière vous sauveront la mise dans les passages les plus raides. Comme disait René Vietto :

« J’ai toujours aimé me faire opérer. Quand le chirurgien m’enlevait quelque chose, je me disais : Tu seras plus léger sur le vélo, tu grimperas mieux »

Alors allégez-vous au maximum !

La météo : l’autre adversaire du Ventoux

Sur le Ventoux, le temps change plus vite qu’un sprint final. En été, le soleil peut transformer l’ascension en fournaise, avec des températures frôlant les 40°C sur la route. À l’inverse, le vent peut souffler jusqu’à 250 km/h au sommet ! Imaginez-vous pédaler dans une soufflerie géante. Vérifiez toujours la météo avant de vous lancer et prévoyez des vêtements adaptés. Un coupe-vent et des manchettes peuvent faire la différence entre une ascension réussie et un abandon prématuré.

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Le ravitaillement : le nerf de la guerre

Sur le Ventoux, boire et manger ne sont pas des options, c’est une question de survie. Prévoyez au moins 2 bidons de 75cl et des barres énergétiques pour tenir le coup. N’hésitez pas à vous arrêter aux fontaines du parcours pour refaire le plein. Comme le disait si bien Francis Huger à propos de Raymond Poulidor :

« Poulidor avale le Ventoux avec la voracité d’un cannibale engloutissant le mollet d’un archevêque »

Soyez ce cannibale, dévorez la montagne avant qu’elle ne vous dévore !

Les alternatives au Ventoux : quand le Géant fait trop peur

Si le Ventoux vous semble encore trop intimidant, pas de panique ! La région regorge d’autres cols magnifiques pour vous faire les mollets. Le Col de la Madeleine (13 km à 7,5%) ou le Col d’Izoard (14,1 km à 7,3%) offrent des défis similaires avec peut-être un peu moins de mythe. Vous pouvez aussi opter pour un vélo gravel et explorer les chemins moins fréquentés autour du Géant. L’important est de prendre du plaisir, quel que soit le dénivelé !

Alors, prêt à défier le Géant de Provence ? Que vous soyez un grimpeur chevronné ou un cycliste du dimanche, le Mont Ventoux a quelque chose à vous offrir. C’est plus qu’une simple ascension, c’est une expérience qui vous marquera à vie. Comme le disait Alphonse Boudard : « Des choses qui vous font croire que Dieu existe bel et bien. » Peut-être qu’en atteignant le sommet, vous aussi, vous aurez cette révélation. Et si ce n’est pas le cas, au moins, vous aurez des mollets d’acier et une sacrée histoire à raconter ! Alors, quand est-ce qu’on y va ?

Thibault
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