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Le vendredi 30 mai 2025 restera gravé dans l’histoire du cyclisme français. À Champoluc, dans le Val d’Aoste italien, Nicolas Prodhomme a levé les bras pour la première victoire française sur ce Giro d’Italia, s’imposant en solitaire lors de la redoutable 19e étape. Mais derrière cette victoire se cache l’un des parcours les plus inspirants du peloton professionnel : celui d’un ancien électricien qui a transformé sa passion en rêve devenu réalité.
Quand la passion rencontre la réalité
À 18 ans, Nicolas Prodhomme était encore loin des sommets du cyclisme mondial. Électricien de formation, le jeune Normand jonglait entre son métier et sa passion pour le vélo, percevant un salaire de 600 euros après son apprentissage. « À 18 ans j’étais encore électricien. Je ne sais même pas si j’avais un capteur de puissance. Maintenant, ils sont tous plus en avance que moi », confie-t-il avec émotion après sa victoire historique.
Cette réalité économique l’a longtemps tenu éloigné du rêve professionnel. Après un BTS passé en apprentissage, le jeune homme ne s’imaginait pas pouvoir vivre de sa passion cycliste. « Ça a été chaud, je suis passé sur le tard », reconnaît-il aujourd’hui, évoquant cette période charnière où il a dû choisir entre sécurité financière et rêve sportif.
Le long chemin vers la reconnaissance
Le parcours de Prodhomme vers le professionnalisme n’a rien eu de linéaire. Il a fallu multiplier les stages dans différentes équipes – HP BTP-Auber 93, AG2R La Mondiale, Cofidis – avant de trouver sa voie. En 2018, son passage à Chambéry Cyclisme Formation marque un tournant décisif. « Quand je suis arrivé à Chambéry Cyclisme Formation, j’avais beaucoup à apprendre. Je suis toujours sur la phase montante de ma progression physique », explique-t-il.
Ce n’est qu’à 24 ans, en 2021, que Prodhomme signe enfin son premier contrat professionnel avec l’équipe qui lui fait depuis confiance : Decathlon AG2R La Mondiale. Une éclosion tardive qui contraste avec la précocité habituelle du cyclisme moderne, mais qui lui a permis de développer une maturité et une motivation différentes de celles des coureurs passés professionnels très jeunes.
De l’ombre à la lumière
Pendant ses premières années pro, Prodhomme évoluait dans l’ombre, œuvrant pour les autres coureurs de son équipe. Sur les grands tours, il n’était même pas systématiquement sélectionné dans les équipes les plus ambitieuses au classement général. « Je me sens encore jeune dans ce métier, très frais. Je n’ai jamais de coup de mou », confie le coureur, qui a su transformer cette frustration en force motrice.
Un premier cap a été franchi en 2024 lorsque Decathlon-AG2R La Mondiale lui a fait confiance pour accompagner Félix Gall en montagne sur le Tour de France. Cette reconnaissance marquait le début d’une nouvelle phase dans sa carrière.
Le déclic du Tour des Alpes
Le 25 avril 2025, Nicolas Prodhomme décrochait sa première victoire professionnelle sur une étape du Tour des Alpes. Ce succès, obtenu devant Paul Seixas pourtant annoncé comme le grand favori, a tout changé dans la mentalité du Normand. « Gagner une première course au Tour des Alpes, c’était énorme, mais gagner sur le Giro… », souffle-t-il encore incrédule après son exploit italien.
Cette victoire alpine lui a donné la confiance nécessaire pour aborder le Giro avec de nouvelles ambitions. « Je ne voulais pas venir pour le général, je ne voulais qu’une étape », avoue-t-il, preuve que ce premier succès lui avait ouvert l’appétit et changé son approche de la course.
L’exploit de Champoluc : quand l’audace paye
La 19e étape du Giro 2025 restera comme l’une des plus difficiles de cette édition : 166 kilomètres avec près de 5000 mètres de dénivelé positif et cinq ascensions au programme. Parti dans l’échappée dès le kilomètre 5 avec une vingtaine de coureurs, Prodhomme a fait preuve d’une audace remarquable en attaquant seul à 28 kilomètres de l’arrivée dans le col de Joux.
Cette prise de risque calculée contraste avec son approche habituelle. « Avant aujourd’hui, j’avais deux cinquièmes places sur les grands tours, des places obtenues parce que je ne prenais aucun risque. Aujourd’hui, je voulais courir pour la victoire », explique-t-il après son triomphe. Cette nouvelle philosophie de course illustre parfaitement sa transformation mentale.
Résister aux favoris
Dans les derniers kilomètres, quand Richard Carapaz et Isaac Del Toro ont porté leurs attaques à huit kilomètres de l’arrivée, beaucoup pensaient voir Prodhomme se faire reprendre. Mais l’ancien électricien avait encore des ressources. « On n’avait pas beaucoup d’écart. Quand j’ai suivi la première attaque, mes sensations n’étaient pas très bonnes, puis cela s’est amélioré », raconte-t-il, décrivant sa gestion parfaite de l’effort.
Avec une minute d’avance en haut de l’Antagnod, cinquième et dernier col de la journée, Prodhomme s’est adjugé le bouquet à la faveur d’une descente maîtrisée, résistant à la pression des favoris du classement général qui temporisaient avant l’étape du Finestre.
Un modèle de résilience et de persévérance
Cette victoire de prestige fait de Nicolas Prodhomme un exemple unique dans le peloton moderne. Son parcours atypique, avec un début tardif dans le cyclisme professionnel, lui a donné une maturité et une motivation différentes de celles des coureurs passés professionnels très jeunes. « Cette expérience de vie l’a aidé à garder les pieds sur terre et à s’accrocher malgré les difficultés », soulignent les observateurs.
Romain Bardet, qui rêvait lui-même de cette victoire après sa cruelle deuxième place deux jours plus tôt à Bormio, a parfaitement résumé l’exploit de son compatriote : « Un grand bravo parce que c’est une victoire de prestige et à la pédale. » Ces mots du futur retraité, fort de ses 18 participations en grands tours, témoignent du respect immense pour cette performance.
De coureur sacrifié à acteur de son destin
La transformation de Prodhomme est aussi symbolique qu’elle est spectaculaire. « De coureur qui se sacrifie pour les autres, Nicolas Prodhomme est passé à celui qui force son propre destin », résume parfaitement l’évolution de ce champion atypique. Cette victoire représente bien plus qu’un simple succès d’étape : c’est la consécration d’un homme qui a su croire en ses rêves malgré les obstacles.
Cette première victoire française sur le Giro 2025 s’inscrit dans la lignée des succès récents de Decathlon AG2R La Mondiale sur la course rose : Nans Peters en 2019, Aurélien Paret-Peintre en 2023, Valentin Paret-Peintre en 2024, Andrea Vendrame en 2021 et 2024. Une sixième victoire en sept éditions qui témoigne de l’excellence de cette formation sur les routes italiennes.
À 28 ans, Nicolas Prodhomme prouve qu’il n’est jamais trop tard pour changer de vie et atteindre ses rêves. Son histoire, de l’électricité au sommet du Giro, restera comme l’une des plus belles success stories du cyclisme moderne, inspirant tous ceux qui doutent de leur capacité à transformer leur passion en réalité.




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