À lire aussi
Au cœur de l’Alsace, entre la ville européenne de Strasbourg et le charmant bourg de Saverne, s’étend un itinéraire cyclable qui invite à ralentir. À savourer chaque kilomètre. Sur environ 45 km, la route suit le Canal de la Marne au Rhin, en grande partie aménagée en voie verte protégée.
L’automne transforme ce parcours en tableau vivant. Les arbres se parent d’or, d’orange et de rouge. L’air fraîchit. La lumière devient rasante, presque cinématographique. Et vous roulez loin des voitures, loin du bruit, loin du monde.
🍂 Quitter Strasbourg sans vraiment partir
Le départ depuis Strasbourg vous arrache rapidement à l’agitation urbaine. En dix minutes, les immeubles disparaissent derrière vous. Le bitume devient une piste cyclable lisse, dédiée, exclusive. Plus de klaxons. Plus de stress. Juste le ronflement régulier de vos pneus sur l’asphalte.
Le canal apparaît sur votre droite. Calme absolu. Pas une ride. Les péniches glissent au ralenti, moteur à peine audible. Les mariniers vous saluent d’un signe de la main. Vous leur rendez machinalement. Cette civilité simple du halage, vieille de deux siècles, persiste.
Les arbres bordent les berges comme une haie d’honneur. Leurs feuilles craquent sous les roues quand elles tombent sur le chemin. L’odeur d’humus humide flotte dans l’air. Vous inspirez profondément. C’est l’automne qui entre dans vos poumons.
⚙️ Les écluses : l’horloge du canal
Elles apparaissent régulièrement. Toutes les quelques kilomètres. Petits édifices de pierre et de métal, témoins d’une ingénierie du XIXe siècle qui fonctionne encore. Certaines sont automatisées. D’autres gardent leurs portes massives, leurs volants à manivelle, leurs chaînes rouillées.
Vous ralentissez à chaque écluse. Pas parce qu’il faut. Parce que vous voulez. Observer l’eau qui monte ou descend dans le bassin. Regarder la péniche se stabiliser. Écouter le clapotis contre les murs moussus. Ces pauses naturelles rythment la sortie comme des chapitres d’un livre.
Les maisons éclusières se tiennent là, fidèles à leur poste. Certaines sont encore habitées. D’autres transformées en gîtes ou petits cafés. Leurs jardins débordent de fleurs tardives — chrysanthèmes, asters, dernières roses.
🌄 La trouée de Saverne : quand le paysage bascule
À mi-parcours, l’atmosphère change brutalement. Les collines du grès vosgien se dressent de part et d’autre du canal. Le ciel se découpe entre les sommets arrondis. Les ombres s’allongent démesurément dans l’après-midi qui décline.
Le canal s’enfonce sous l’ancien tunnel-canal d’Arzviller. Trois cents mètres de pénombre fraîche. Vous allumez votre lumière avant. Vos yeux s’adaptent progressivement. Les parois suintent. Des stalactites de calcaire pendent du plafond voûté. L’écho de vos roues résonne étrangement.
Quand vous ressortez, la lumière vous gifle. Elle semble plus dorée encore. Plus précieuse. Les derniers rayons du soleil traversent les branches dénudées et projettent des dentelles d’ombre sur le chemin.
🎨 L’or, l’orange et le gris : la palette d’automne
Le canal devient un miroir parfait. Il reflète le ciel chargé, les nuages qui filent, les arbres qui se déshabillent lentement. Chaque coup de pédale vous offre une nouvelle composition. Un rayon qui perce. Une feuille qui tombe. Un héron qui décolle lourdement.
Les hêtres flambent orange vif. Les chênes virent au brun cuivré. Les saules pleureurs traînent encore leurs branches vertes dans l’eau noire. Ce contraste entre l’or des feuillages et le gris ardoise du ciel de novembre crée un cadre photographique exceptionnel.
Vous vous arrêtez tous les deux kilomètres. Pas pour souffler. Pour immortaliser. Votre smartphone chauffe dans votre poche. Vous prenez vingt clichés du même arbre sous des angles différents. Vous les regarderez ce soir sans savoir lequel garder.
🏘️ Villages figés dans le temps
Ils apparaissent rarement. Peut-être trois ou quatre entre Strasbourg et Saverne. Mais chacun mérite l’arrêt. Ruelles pavées impeccables. Maisons à colombages restaurées avec soin. Géraniums qui débordent des balcons malgré la saison.
Étapes recommandées :
- Achenheim (km 12) : première écluse majeure, café traditionnel
- Waltenheim-sur-Zorn (km 24) : pause idéale à mi-parcours, boulangerie artisanale
- Dettwiller (km 35) : maisons à colombages remarquables, supermarché si besoin
- Saverne (km 45) : château des Rohan, centre historique, gare TER
Les cafés de village servent encore le riesling local et la tarte flambée dans des salles aux nappes à carreaux. Les patrons parlent alsacien entre eux. Ils vous accueillent en français avec cet accent chantant qui ne trompe pas. La pause café devient pause tarte, devient pause digestif.
Vous repartez un peu plus lourd. Un peu plus heureux. La nuit tombe déjà. Il est seize heures trente.
🚂 Le retour en train : la boucle parfaite
Saverne possède une gare TER bien desservie. Vous empilez votre vélo dans le wagon dédié. Quarante minutes plus tard, vous êtes de retour à Strasbourg. Sans effort. Sans stress. Sans avoir à refaire les 45 kilomètres dans l’obscurité naissante.
Cette option train rend l’itinéraire accessible à tous les niveaux. Familles avec enfants. Cyclistes occasionnels. Personnes âgées qui veulent encore pédaler sans forcer. Vous adaptez la distance à vos jambes, pas l’inverse.
🎒 Ce qu’il faut vraiment emporter
L’automne alsacien est trompeur. Vous partez au soleil et terminez dans le froid. Voici l’équipement minimum pour profiter pleinement :
Vêtements :
- Veste coupe-vent légère — les branches dénudées laissent passer le vent après 20 km
- Gants fins — vos mains gèlent dès que le soleil disparaît (vers 16h30)
- Bonnet ou bandeau — 30% de la chaleur corporelle s’échappe par la tête
Vélo :
- Pneus 28-32 mm — les feuilles mouillées glissent comme de la glace
- Garde-boue légers — le canal projette de l’humidité même quand il ne pleut pas
- Lumières avant/arrière — obligatoire, la nuit tombe vers 17h
Ravitaillement :
- Thermos de café ou thé — les pauses face au canal deviennent magiques avec une boisson chaude
- Barres énergétiques — les villages sont rares entre km 15 et km 35
- Batterie externe pour smartphone — vous allez photographier sans arrêt
Et surtout : du temps. Ne visez aucun chrono. Roulez à votre rythme. Arrêtez-vous dix fois. Vingt fois. Quarante-cinq kilomètres peuvent durer trois heures ou six. Peu importe. Le plaisir ne se mesure pas en watts.
- Du peloton à la roulette : les leçons communes du cyclisme et du jeu en ligne - 15 décembre 2025
- Bien choisir son équipement cyclisme : vêtements, accessoires et conseils pratiques - 15 décembre 2025
- Paul Seixas : le nouveau visage du cyclisme français - 9 décembre 2025










Achenheim sur le canal de la Marne au Rhin, et le tunnel d’Arzwiller entre Strasbourg et Saverne ! Euh, je rêve ou quoi ?
Bonjour Thibault,
J’aime beaucoup vos conseils et tout ce que vous écrivez. Est il possible d’obtenir la trace gpx de Strasbourg – Saverne ?
Bonne continuation.