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120 exemplaires numérotés. C’est le chiffre qui fera trembler les collectionneurs et les coursiers de gros colis. Cinelli et Omnium viennent de serrer la poignée pour une édition limitée du Supercargo, présentée en marge des Championnats du monde des coursiers à Milan, du 27 mai au 1er juin 2026.
Deux marques qui pèsent dans la culture vélo, mais pas dans le même registre : l’une historique et italienne, l’autre jeune et scandinave. Leur point commun ? Un public qui roule chargé et vite.
120 vélos, pas un de plus : la logique du numéroté
La série se limite à 120 unités, chacune marquée de son numéro propre. Cette quantité, volontairement basse, place le Supercargo dans une niche où le vélo devient objet de collection. Vous l’avez peut-être remarqué : le marché du cargo sportif peine à sortir de l’image utilitaire.
Omnium y travaille depuis sa fondation en 2012 par Jimmi Bargisen, coursiers devenu double champion du monde de la discipline en 2018 et 2019. Cinelli, de son côté, apporte son pedigree de piste et ses archives chromatiques. Le coloris retenu, l’Azzurro Laser, est pioché dans ces archives.
Pas une couleur marketing calibrée pour 2026, mais un bleu qui a déjà traversé des décennies de compétition.
Matias Ovens, CEO d’Omnium, et Victor Luis, président de Cinelli, ont scellé ce partenariat en tant que sponsors des Championnats du monde des coursiers. L’événement milanais sert de vitrine, mais le vélo dépasse le cadre de la course : il est vendu au public, pas réservé aux compétiteurs.
20 kg pour 75 kg de charge : le paradoxe du cargo allégé

Le poids annoncé fait environ 20 kg en taille M, vélo complet. Dans le monde du cargo, c’est léger. La plateforme avant accepte 75 kg, et la charge totale autorisée grimpe à environ 175 kg.
Le chiffre mérite qu’on s’y arrête : on roule souvent avec un vélo qui pèse lui-même plus de 25 kg, moteur compris, pour porter moins. Ici, pas d’assistance électrique. Juste de l’acier Chromoly double épaisseur, des tubes Columbus, et une géométrie pensée pour la stabilité en charge.
Je l’avoue, ça m’a surpris. La première fois que j’ai hissé un cargo dans un escalier, j’ai compris que chaque kilo compte. À 20 kg, ce Supercargo reste maniable à vide.
À pleine charge, la rigidité du cadre acier devient son atout principal. Le compromis est ancien dans le cyclisme : acier contre aluminium, confort contre rigidité brute. Omnium a tranché pour le Columbus, et Cinelli a validé le choix.
Les trois tailles disponibles, S, M, L, couvrent une large palette de gabarits. Le montage d’origine inclut garde-boue avant et arrière, détail que beaucoup de cargos sportifs négligent et que vous finissez par ajouter à la pièce.
SRAM Apex et Level TL : un équipement qui tient la route
La transmission confiée à SRAM Apex en 1×11 vitesses fait le choix de la simplicité. Un seul plateau, pas de dérailleur avant, moins de pièces qui salissent ou déraillettent quand le vélo vit dehors. Le pédalier Omnium Wide Narrow de 42 dents est spécifique à la marque.
Cette dentition, ni trop petite ni trop grande, vise l’usage mixte : plat, faux plat, et les relances en ville où le cargo doit retrouver sa vitesse de croisière entre deux feux.
Les freins hydrauliques SRAM Level TL, en montage IS, répondent à une exigence de sécurité. À 175 kg totaux en descente, les freins à patins ou les mécaniques passent secondaires. Là où ça coince, c’est le prix d’entretien : les plaquettes et les durites hydrauliques coûtent plus cher que le V-brake d’antan.
Mais sur un cargo qui descend du Ballon d’Alsace chargé, vous ne regretterez pas l’investissement initial.
Les roues DT Swiss et les pneus Schwalbe complètent un tableau cohérent. Pas de composants d’entrée de gamme pour faire joli sur le papier, mais des pièces dont la réputation tient à l’usage intensif. La selle Cinelli Volare, proposée en noir ou blanche, est le seul point où la marque italienne signe visiblement son territoire.
3 500 € le complet, 1 800 € le kit cadre : qui paie, et pourquoi
Le vélo complet s’affiche à environ 3 500 €. Le kit cadre et fourche seul avoisine les 1 800 €. Ces tarifs positionnent le Supercargo loin du cargo utilitaire familial, et même au-dessus de certains VAE cargo.
La différence ? Ici, vous achetez de la rareté et de la spécialisation. Pas de moteur, pas de batterie à remplacer dans trois ans, mais un outil qui demande des jambes et une technique de chargement.
La collection capsule qui accompagne le lancement, t-shirts, casquettes, chaussettes, gourdes, sac messenger, confirme la visée culturelle. Cinelli et Omnium ne vendent pas seulement un vélo, ils ciblent un public qui s’identifie à l’esthétique du coursiers, même s’il ne livre pas de colis. C’est un choix de marketing assumé, et il risque de diviser : le vrai coursiers trouvera peut-être le prix élevé pour un outil de travail, quand l’amateur de collection paiera pour le numéro gravé sur le cadre.
Jimmi Bargisen, fondateur d’Omnium, a bâti sa marque sur cette tension entre utilité et identité. Double champion du monde, il sait ce qu’un cargo doit endurer. L’association avec Cinelli, fondée en 1947, lui donne une légitimité historique que la marque danoise, créée en 2012, n’aurait pas pu générer seule.
Le braquet honnête
Ce Supercargo s’adresse à deux publics distincts : le coursiers qui cherche un outil fiable et léger pour la ville, et le collectionneur qui veut un vélo numéroté dans un créneau où la rareté est inédite. Pour le premier, le prix pique. Pour le second, le coloris Azzurro Laser et la provenance italienne justifient la dépense.
Le vélo n’est pas révolutionnaire dans sa conception : c’est un cargo acier bien exécuté, avec des composants solides et une esthétique soignée. Sa vraie valeur réside dans la collaboration entre deux marques qui ne se rencontrent pas d’habitude. Si vous hésitez entre ce modèle et un cargo électrique à 3 000 €, la question n’est pas la même : ici, on parle de pédaler chargé sans assistance, de collection, et d’un numéro qui ne sera pas reproduit.
Les 120 exemplaires, c’est aussi une limite. Une fois écoulés, pas de réassort. C’est le contrat du numéroté, avec ses avantages et son inconvénient majeur : il faudra être rapide, ou patient sur l’occasion.
Les cols, eux, n’attendent personne. Mais un cargo numéroté à 120 exemplaires, si.



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