Mains gantées vérifiant la batterie d’un vélo électrique

Donut Lab : la batterie solide qui ressemble trop à une lithium-ion

Au CES 2026, la filiale de Verge Motorcycles a promis une batterie tout solide produite en série pour véhicule, avec 400 Wh/kg, une recharge complète en cinq minutes et 100 000 cycles. Cinq mois plus tard, la discussion a changé de camp : une enquête menée par le chercheur Ziroth et appuyée par plus de vingt experts indépendants décrit au contraire la signature électrochimique d’une cellule lithium-ion classique.

Le sujet dépasse la simple querelle technique. Quand une marque annonce l’abandon total du lithium-ion au profit d’une chimie à électrolyte sodium, puis se retrouve ramenée vers une cellule déjà connue, une promesse vacille.

Au CES 2026, la promesse visait très haut

Ce laboratoire interne, dirigé par Marko Lehtimäki, devait développer une cellule tout solide à électrolyte sodium. Elle était destinée au constructeur finlandais révélé en 2021 avec un moteur-roue sans moyeu.

Dans sa communication de janvier, la filiale annonçait l’abandon complet du lithium-ion. Puis elle avançait trois chiffres marquants : 400 Wh/kg, cinq minutes pour une recharge complète et 100 000 cycles de vie. Dans le secteur, ce trio laisse presque aucune place au doute.

Soit la rupture est réelle, soit le dossier devient explosif.

Le problème, c’est la suite du calendrier. Entre l’annonce initiale de janvier et la mise en production revendiquée en avril, le récit s’est vite chargé. La plainte déposée en mai par un ancien cadre du partenaire industriel a encore renforcé cette pression.

La version est sous pression.

3,7 à 3,8 volts à 50 % de charge : la donnée qui dérange

L’enquête construite par Ziroth repose sur des données publiées par VTT. La société ne les avait pas transmises d’elle-même aux journalistes. Une valeur ressort : une tension stabilisée entre 3,7 et 3,8 volts à 50 % de charge.

Pourquoi cette tension pèse aussi lourd ?

Parce qu’elle est présentée comme la signature typique du nickel-manganèse-cobalt, pas d’une chimie sodium. Une batterie tout solide doit pouvoir sortir de cette zone grise. Là, la mesure racontée par l’enquête renvoie vers une famille de cellules déjà bien connue.

Le dossier ne s’arrête pas à cette tension. La courbe de dilatation observée pendant les cycles de charge est elle aussi jugée incompatible avec un électrolyte solide. Les indices pointent dans la même direction.

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C’est ce qui rend l’affaire difficile à éteindre.

Plus de vingt spécialistes indépendants ont été consultés. Aucun, d’après cette enquête, n’a identifié une batterie tout solide. Vous pouvez discuter un expert, ou deux.

Quand la réserve devient collective, la défense marketing perd beaucoup de terrain.

Une cellule évaluée, oui ; un pack prêt pour une moto, non

La société avait bien fait évaluer ses cellules par le centre de recherche finlandais. De loin, cela ressemble à une validation solide. De près, le cadre est beaucoup plus étroit.

Le test a porté sur une cellule isolée, jamais sur un pack complet prêt à équiper une moto. La différence est énorme. Une cellule peut montrer un comportement intéressant en laboratoire.

Elle ne prouve pas forcément qu’un ensemble complet tiendra la route, la charge, l’intégration et l’usage réel sur un véhicule.

L’enquête remonte aussi la chaîne de fabrication jusqu’à CT Coatings, une entreprise allemande qui aurait fourni une cellule lithium-ion souple. Là encore, le conditionnel reste de rigueur. Mais ce fil industriel cadre beaucoup mieux avec les mesures contestées.

Il cadre aussi mieux avec elles qu’avec la promesse d’une rupture déjà industrialisée.

Pourquoi la réponse officielle laisse un vide

Un communiqué officiel a bien été publié. Pourtant, la réponse ne traite pas le fond des questions techniques soulevées par l’enquête. À la place, la marque met en avant, sur le site du chercheur, la mention d’un partenariat passé avec CATL.

Elle s’en sert pour contester son indépendance.

Attaquer l’indépendance d’un enquêteur ne change ni une tension à 3,7-3,8 volts, ni une courbe de dilatation. Cela ne change pas non plus le fait que plus de vingt spécialistes n’aient pas reconnu une batterie tout solide. Quand la réplique quitte la technique, le doute grossit.

La promesse commerciale avance plus vite que la preuve

Avant cette controverse, le constructeur avait annoncé que les clients pourraient commander l’option batterie solide sur la TS Pro. La bascule vers le marché devait déjà être visible. C’est souvent là que les discours ambitieux rencontrent le réel.

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Or cette option reste absente du configurateur en ligne. Le signal concret manque. Une technologie annoncée en série finit normalement par apparaître quelque part dans l’offre.

C’est encore plus vrai après une communication aussi offensive.

Cette absence ne prouve pas, à elle seule, la nature de la cellule. Elle change quand même la lecture du dossier. D’un côté, une annonce de production en série.

De l’autre, un produit introuvable en configuration client. Et au milieu, une enquête technique qui renvoie vers du lithium-ion classique.

Une batterie tout solide peut encore émerger plus tard, mais les éléments sortis depuis le CES 2026 ne soutiennent pas la promesse initiale. Quand la mesure, le protocole de test et l’offre commerciale racontent autre chose que la communication, le vernis saute vite. Le reste, maintenant, se jouera sur des réponses techniques précises ou sur leur absence.

Alex
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