À lire aussi
On sous-estime toujours novembre dans les Vosges. Les touristes sont partis. Les routes se vident. Les crêtes s’allument de rouge et d’or pendant exactement trois semaines. Puis tout redevient gris jusqu’au printemps.
La boucle des Ballons des Vosges de cinquante à soixante-dix kilomètres selon votre tracé capture exactement cette fenêtre magique. Un circuit qui traverse quatre paysages totalement différents en une seule sortie — forêts incendiées, crêtes balayées par le vent, vallées noyées sous la brume.
Le tracé qui enchaîne les meilleurs cols discrets
Départ classique depuis Munster ou Soultzeren. Direction immédiate le col du Herrenberg par la D417 — sept kilomètres de montée régulière à travers une forêt d’épicéas qui filtre la lumière comme un vitrail naturel. Pourcentage moyen autour de cinq pour cent. Rien de violent. Juste assez pour trouver un rythme constant.
Au sommet du Herrenberg, bifurcation vers le col du Bramont par la route des crêtes. Douze kilomètres de pur plaisir visuel où vous roulez littéralement au-dessus de la brume. À gauche, la vallée de Munster disparaît sous le coton blanc. À droite, les Ballons se succèdent jusqu’à l’horizon. Cette section est exactement la raison pour laquelle les cyclistes locaux refusent de partager ce parcours sur Strava.
Un dimanche de novembre, j’ai roulé cette portion sous un ciel bleu parfait. Température six degrés, vent nul, visibilité infinie. J’ai croisé exactement trois cyclistes en vingt kilomètres. Pas une voiture pendant quarante minutes. Juste le bruit de la roue libre qui résonne dans le silence total.
Depuis le col du Bramont, descente technique de huit kilomètres vers Metzeral. Route sinueuse qui s’enfonce progressivement dans la forêt rousse. Les feuilles mortes tapissent l’asphalte mouillé. La lumière traverse les branches comme des lasers naturels. Vous freine régulièrement juste pour regarder le décor.
Les plateaux où le vent dessine des lignes invisibles
Après Metzeral, remontée tranquille vers le col du Platzerwasel par la D10. Cette montée reste totalement différente du Herrenberg. Plus ouverte. Plus exposée au vent. Les pâturages remplacent progressivement la forêt dense. Les fermes-auberges ponctuent le parcours tous les trois kilomètres.
Le sommet du Platzerwasel ouvre sur un plateau venteux où l’herbe haute ondule comme une mer. Aucun arbre ne bloque la vue. Vous voyez les montagnes s’empiler jusqu’à l’Alsace. Par temps clair, le massif du Jura dessine une ligne bleue à l’horizon. C’est le genre d’endroit où vous vous arrêtez cinq minutes sans vraiment savoir pourquoi — juste parce que le paysage exige cette pause.
Ce que l’itinéraire traverse concrètement :
- Col du Herrenberg — 7 km à 5% moyenne
- Route des crêtes — 12 km vallonnés panoramiques
- Descente vers Metzeral — 8 km techniques
- Col du Platzerwasel — 6 km à 4% moyenne
- Retour par la vallée de Munster — 15 km faux-plat descendant
- Dénivelé total — 1200 à 1500 mètres selon variantes
Les forêts qui explosent exactement trois semaines par an
Ce qui rend ce parcours absolument exceptionnel en novembre, c’est le timing ultra-précis de la fenêtre des couleurs. Trop tôt en octobre, les feuilles restent vertes. Trop tard en décembre, les arbres sont nus et le charme disparaît complètement. Mais pendant ces trois semaines magiques entre début et mi-novembre, les forêts explosent littéralement en rouge, orange et or.
La lumière rasante de l’automne amplifie encore l’effet. Le soleil bas filtre à travers les branches et enflamme chaque feuille comme un projecteur naturel. Les clairières deviennent des spots dorés photographiés par tous les cyclistes qui passent. Les descentes forestières ressemblent à des tunnels orangés qui n’existent nulle part ailleurs.
À mi-parcours, ferme-auberge du Schiessroth ouverte même en novembre. Odeur de bois brûlé qui prévient à trois cents mètres. Tarte aux myrtilles encore tiède posée sur la table. Le patron qui connaît les cyclistes réguliers par leur prénom. Quinze minutes de pause qui suffisent pour recharger complètement avant la suite.
Le silence total que l’été ne connaît jamais
En juillet-août, ces mêmes routes sont envahies par les camping-cars allemands et les touristes qui roulent à vingt kilomètres-heure pour photographier les chaumes. En novembre, tout redevient vide comme si les Vosges réclamaient leur tranquillité naturelle. Vous roulez parfois trente minutes sans croiser un seul véhicule.
Ce silence change complètement l’expérience du vélo. Vous entendez le vent dans les sapins. Le bruit de votre roue libre qui résonne entre les arbres. Vos propres respirations qui s’adaptent au rythme de la montée. Rien d’autre. Pas de klaxon. Pas de moteur diesel. Pas de groupe bruyant qui vous double en gueulant. Juste vous et la montagne dans une conversation silencieuse.
Les cinquante kilomètres qui concentrent toutes les Vosges
Ce circuit ne promet rien de spectaculaire sur le papier. Pas de col mythique médiatisé. Pas de dénivelé fou réservé aux grimpeurs. Pas de descente technique réservée aux experts. Juste cinquante à soixante-dix kilomètres selon votre tracé qui traversent exactement tout ce qui fait l’identité des Vosges.
Forêts profondes qui bloquent le ciel. Crêtes ouvertes où le vent vous pousse latéralement. Vallées noyées sous la brume matinale. Plateaux d’altitude où l’herbe ondule à perte de vue. Fermes-auberges qui refusent de changer depuis cinquante ans. Routes désertes qui serpentent entre les massifs.
Et surtout — cette sensation unique de rouler à travers un décor qui n’existe que trois semaines par an. Parce que passé mi-novembre, tout redevient gris jusqu’au printemps. Les couleurs disparaissent. La brume permanente s’installe. Le charme s’évapore complètement.
Mais si vous choisissez exactement la bonne fenêtre météo — celle où le soleil perce après trois jours de pluie, où les feuilles sont encore accrochées mais déjà rousses, où la brume matinale laisse place à une lumière dorée l’après-midi — alors vous vivez une sortie que vous raconterez pendant des mois. Exactement le genre de parcours qui transforme définitivement votre rapport aux Vosges.
- Du peloton à la roulette : les leçons communes du cyclisme et du jeu en ligne - 15 décembre 2025
- Bien choisir son équipement cyclisme : vêtements, accessoires et conseils pratiques - 15 décembre 2025
- Paul Seixas : le nouveau visage du cyclisme français - 9 décembre 2025




Publications similaires