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60 mm. C’est la largeur que Schwalbe vient d’ajouter à sa gamme gravel. Autant dire que la frontière avec le VTT XC, déjà poreuse, vient de s’effacer un peu plus.
Vous roulez peut-être déjà en 45 mm sur vos chemins préférés. Imaginez maintenant quinze millimètres de plus sous le même cadre.
La marque allemande décline deux de ses modèles phares dans cette dimension. Le G-One RX Pro, qui existait en 40, 45 et 50 mm, passe à 60 mm. Le G-One RS Pro, plus roulant, en profite aussi.
Schwalbe annonce le premier pour l’« ultra-bikepacking » et les courses gravel de plusieurs milliers de kilomètres. Le second vise les gravel « monstres », et directement les VTT XC. L’embrouille est totale, et assumée.
2,4 pouces : la section XC qui débarque sur vos routes blanches
60 mm, c’est exactement 2,4 pouces. Cette section correspond à ce que les vététistes utilisent en compétition XC. Pas en enduro, pas en all-mountain : en Cross-Country, la discipline la plus proche du gravel en termes d’efficacité et de rendement.
Le message est clair. Schwalbe ne cherche pas à créer un nouveau créneau. Elle fusionne deux existants.
Le RS Pro 60 mm illustre cette stratégie sans détour. Sa bande de roulement est semi-slick, quasiment lisse au centre. C’est du gravel pur sur le plat, du VTT léger dès que la piste se dégrade.
Vous n’avez plus à choisir votre vélo selon le terrain du jour. Le choix se déplace sur le pneu, et sa largeur fait le reste.
Moi, ce qui me fait tiquer, c’est le silence sur le poids. Schwalbe n’a pas communiqué les masses de ces nouveaux 60 mm. Sur l’ultra-bikepacking, chaque gramme au bout du pneu se sent dans les relances.
Un 60 mm bien léger, c’est une révolution. Un 60 mm lourd, c’est une ancre. Le constructeur garde le mystère, et ça sent l’optimisation encore en cours.
Votre cadre le supportera-t-il ? Le verdict des garde-boue

La question qui brûle les lèvres : est-ce que ça passe chez moi ? La réponse, pour l’instant, est non pour la plupart des gravel du marché. Les chiffres sont implacables.
Le Ridley Ignite GTX, pourtant réputé généreux, plafonne à 58 mm. Le 3T Extrema Italia et le Factor Sarana s’arrêtent à 57 mm. Chez Origine, la limite tombe à 47 mm.
Le Nakamura Allroad Team ne monte pas au-delà de 45 mm. Seul le Van Rysel GRVL AF, à 50 mm, s’approche, mais reste en deçà.
Schwalbe propose aussi un 55 mm du G-One Overland Pro, plus raisonnable. C’est peut-être là que se joue le vrai marché. Les cadres actuels digèrent encore mal le 60 mm.
Les nouveaux, conçus autour de cette norme, vont apparaître. La question est de savoir qui osera le premier.
Le profil des pneus Schwalbe reste moins agressif et plus rond que du VTT pur. Ce n’est pas un pneu de singletrack boueux. C’est un compromis qui penche vers l’efficacité, avec une marge de sécurité sur le gras.
Vous gagnez en confort, en grip, en capacité à rouler basse pression. Vous perdez en nervosité, en réactivité au pédalage. C’est un échange honnête, pas une arnaque marketing.
Le gravel « monstre » existe-t-il vraiment ?
La catégorie que Schwalbe nomme « monstre » n’a pas encore de cadre dédié chez les grandes marques. C’est un gravel qui avale du VTT sans complexe, qui part en bikepacking sur des pistes dégradées, qui ne recule pas devant une trace forestière. Le public existe : ceux qui roulent déjà en 50 mm et se sentent à l’étroit.
Le problème, c’est que personne ne leur vend de vélo adapté. La marque allemande lance ses pneus dans un vide constructeur qu’elle espère combler.
Le braquet honnête : pour qui, pour quoi
Le 60 mm Schwalbe, c’est pour le graveliste qui regarde déjà vers le VTT avec envie. Celui qui trouve le 45 mm limite sur les chemins de traverse, qui rêve de bikepacking sans sacrifier la vitesse sur les liaisons goudronnées. Si votre cadre accepte 58 mm ou plus, vous êtes presque bon.
Sinon, attendez la prochaine génération de cadres, ou découvrez le 55 mm Overland Pro.
Le risque, c’est l’effet de mode. Un 60 mm sur un cadre conçu pour 45 mm, c’est le désastre assuré : frottements, mauvaise géométrie, comportement imprévisible. Ne forcez pas.
La largeur de pneu n’est pas une course au plus gros, c’est une adaptation au terrain et au cadre.
Ce que le vendeur ne dit pas
Schwalbe ne communique pas le poids. C’est révélateur. Les pneus gravel larges (50-60 mm) pèsent plutôt 380-650 g selon modèle et renforts ; les 600-700 g correspondent à des pneus VTT ou gravel très renforcés, pas spécifiquement aux « premiers » pneus gravel en 60 mm.
Exemple : Hutchinson Touareg 50 mm à 600 g, Pirelli Cinturato Gravel S 50 mm à 540 g. Au-delà, l’inertie tue le plaisir. Le silence du constructeur laisse penser que les prototypes ne sont pas encore là où il le souhaite.
Patience, ou prudence.
La bande de roulement moins agressive, c’est aussi moins de durabilité sur l’asphalte abrasif. Un semi-slick qui roule beaucoup de bitume s’use vite au centre. Le 60 mm coûte cher, en pneu comme en cadre compatible.
Assurez-vous que votre usage justifie l’investissement.
Article publié le 27 mai 2026. Les cadres évoluent vite. Ce qui ne passe pas aujourd’hui sera standard demain, ou presque.
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