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À 1h30 de Paris en train, une voie verte de 130 km file le long du canal de la Somme sans croiser une voiture. Pas de dénivelé, pas de stress, juste le clapotis de l’eau et des peupliers. Les seniors et les familles l’ont adoptée. Les baroudeurs en quête de cols vertigineux passeront leur chemin. Les autres vont découvrir l’un des itinéraires les plus aboutis de France.
160 km d’axe principal, 130 km de voie verte en site propre
La Véloroute Vallée de Somme s’étire sur 160 km entre Ham et Saint-Valery-sur-Somme. Sur cette distance, 145 km sont déjà aménagés, dont 130 km de voies vertes dédiées en site propre. Le revêtement ? Stabilisé (sable et cailloux compactés) sur la majorité du parcours, avec des sections asphaltées ponctuelles. Largeur minimale : 3 mètres. Suffisant pour rouler de front avec les enfants sans crainte.
Le chiffre de 120 km circule parfois. Il ne correspond à aucune section officielle. L’itinéraire complet, baptisé V30 dans le réseau national, atteint même 195 km si l’on part de Tergnier ou Fonsomme jusqu’à la baie de Somme. Une portion particulièrement prisée, la Voie Verte du canal de la Somme entre Saint-Valery-sur-Somme et Abbeville, concentre 14,9 km de pur bonheur sans circulation. Pour les amateurs de boucles, 24 km supplémentaires permettent d’explorer la baie elle-même, connectée à l’EuroVelo 4 / La Vélomaritime.
Le plat absolu, l’anti-côte par excellence
Le chemin de halage du canal impose sa loi : zéro dénivelé. L’itinéraire est majoritairement plat, sécurisé, conçu pour les familles et les cyclistes moins expérimentés. Plus de 150 km empruntent des voies vertes ou pistes cyclables. Les 40 km restants passent sur des voies partagées à faible trafic. L’accessibilité PMR est une priorité affichée, notamment à la traversée d’Abbeville où un itinéraire cyclable qualitatif s’accompagne d’un chemin piéton adapté.
On ne grimpe pas ici. On roule. On observe les écluses, les maisons éclusières rénovées, les hérons qui guettent au bord de l’eau. La cadence est celle du canal, pas celle d’un interval training. C’est précisément ce qui fait le succès de cette véloroute auprès des seniors et des pratiquants de VAE : pas besoin de déployer 300 watts pour avancer. Le moteur assiste, le paysage fait le reste.
135 structures « Accueil Vélo » et des gares tous les 20 km
Le confort ne se limite pas au revêtement. Des bancs, des aires de pique-nique avec tables en pierre, des racks à vélo jalonnent le parcours. Les anciennes maisons éclusières accueillent restaurants, gîtes, cafés, points d’information touristique, locations et réparations de vélos. Le label « Accueil Vélo » distingue 135 structures en 2025 dans le département de la Somme. Abri sécurisé, kit de réparation, accueil cycliste confirmé : le cahier des charges est respecté.
L’accès en train est un atout majeur. Les gares de Ham, Corbie, Amiens, Ailly-sur-Somme, Longpré-les-Corps-Saints, Abbeville et Noyelles-sur-Mer desservent l’itinéraire. Depuis Paris, la gare d’Amiens est à 1h10-1h20. On monte dans le train le matin, on pédale l’après-midi, on rentre le soir. Ou on enchaîne les étapes sur plusieurs jours, en bivouquant ou en gîte.
Quelle est la meilleure saison pour rouler sur la véloroute ?
Le printemps et l’automne sont idéaux. L’été, le canal offre de l’ombre mais les sections dégagées peuvent cuire. L’hiver, le stabilisé devient boueux après les pluies. Le revêtement asphalté ponctuel sauve les sorties humides.
Faut-il un VAE pour parcourir les 160 km ?
Non. Le plat absolu rend la véloroute accessible à tous les vélos, y compris les vélos de ville les plus modestes. Le VAE devient pertinent si l’on enchaîne les étapes sur plusieurs jours avec bagages, ou si l’on a des problèmes de genoux. L’assistance n’est pas une nécessité ici, c’est un confort.
Des millions investis, des travaux en cours jusqu’en 2026
L’itinéraire ne se repose pas sur ses lauriers. Entre 2018 et 2021, des aides FEADER de 1 030 680 € ont financé l’amélioration des sections entre Pont-Rémy et Epagnette, la traversée de Cappy, et le tronçon Éclusier-Vaux à Péronne. En 2025, des fonds FEDER de 140 271 € ont permis d’aménager la section entre le pont de Glisy et l’écluse de Lamotte-Brebière. Des travaux sont en cours entre Béthencourt-sur-Somme et Saint-Simon pour rénover le chemin de halage et aménager 16 km de véloroute d’ici 2025-2026.
Les traversées d’Amiens et d’Abbeville, traditionnelles points de friction des itinéraires cyclables, ont fait l’objet d’améliorations significatives. Le réseau se densifie, se sécurise, se professionnalise. La Somme montre l’exemple d’une politique vélo territoriale cohérente sur le long terme.
À 1h30 de Paris, 130 km de voie verte sans voiture. Pas de quoi en faire un manifeste. Juste une invitation à pédaler lentement, à regarder les écluses fonctionner, à s’arrêter quand une aire de pique-nique en pierre fait signe. Le cyclotourisme français a ses cathédrales vertigineuses dans les Alpes. Il a aussi ses canaux tranquilles. La Vallée de la Somme appartient à cette deuxième famille. Et elle la porte haut.
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